Ah… Les hormones

femme enceinte qui a mal aux lombaires

On ne va pas se mentir Jeannine: autant les derniers mois de grossesse avec Haricot à l’intérieur étaient une promenade de santé, autant ceux de Cacahouète ont des allures de marathon de New-York pour une meuf qui ressent habituellement un point de côté au bout de cent mètres: moi. Il faut se rendre à l’évidence : je suis hors service, bonne à jeter à la poubelle des déchets non recyclables.

Pourtant j’ai pris soin de mon corps, tu me connais. J’ai continué le sport (et cette fumeuse barre au sol) jusqu’à 7 mois, j’ai mangé des épinards en parallèle des chokobons, j’ai mis de l’huile matin et soir pour hydrater mon épiderme et éviter les vergetures toutes moches.

Bref je me suis donnée.

Et ça a payé d’ailleurs. Jusqu’au 8ème mois, j’étais tout-à-fait regardable, voire tonique et alerte. Le ventre poussait, mais je pouvais continuer ma vie telle une Rachida Dati très au-dessus des contingences bassement physiques. J’avais des trucs à faire, je les faisais. Tu vois le concept? Une grossesse sans effets secondaires. On adore. Un enfant qui pousse à l’intérieur avec les organes qui s’organisent pour lui faire de la place mais sans que tu en sois impactée. J’avais bien un peu mal aux jambes de temps en temps, pour dire, mais pas de quoi fouetter un chat.

Je menais ma vie, pépère, je continuais à travailler en me disant qu’une fois arrêtée, j’aurais tout loisir d’organiser la naissance.

Le problème, c’est qu’une fois arrêtée, un tournant s’est effectué. Et que cette période m’a été fatale : je suis passée directement de sauterelle à hippopotame.

Continuer la lecture de Ah… Les hormones

J’ai fait une séance d’haptonomie

Nouveau-né sur un nuage

Bon, Jeannine, je te préviens tout de suite: si toi ou une de tes connaissances avez vivement aimé cette expérience: cassez-vous, je vais la démonter.

En effet, par un soubresaut que je ne m’explique toujours pas, je me suis inscrite à une séance d’haptonomie. Et j’ai haï.

Evidemment je suis enceinte. Faire une séance d’haptonomie pour parler à son bébé quand on n’est pas enceinte, ça relève de la psychiatrie je pense.

Donc inscription et rencontre avec la sage-femme qui fait les séances d’haptonomie. Bon déjà, un point sage-femme. Cette dame parlait à voix basse.

Pourquoi? Et bien je ne sais pas. Nous étions en plein jour, je ne lui avais pas encore confié de secrets inavouables, elle n’avait pas mal à la gorge. Mais elle parlait à voix basse. Avec une espèce de ton un peu doucereux, comme si elle s’adressait à une enfant de 8 ans. Elle inclinait la tête aussi, avec une compassion très manifeste. Bon, tu commences à me connaître, ça me met mal à l’aise les gens qui s’adressent à moi comme si j’étais une malade en fin de vie. Ca me donne envie de les provoquer. Disons, ça réactive cette envie que je tente désespérément d’étouffer depuis que je ne suis plus en âge de provoquer. Là, quand j’ai devant moi une dame qui me parle comme si on était devant une grotte à Lourdes pour le traitement de la dernière chance, j’ai envie de mordre.

Continuer la lecture de J’ai fait une séance d’haptonomie

Te laisser partir

Des coeurs roses qui s'envolent vers le ciel

Ça n’est plus qu’une question de jour.

Des mois que tu nous supplies, que tu dis que tu en as marre, que tu veux que ça s’arrête. Des mois que tu prends sur toi, que tu absorbes les coups en serrant les dents. Que tu gueules, ou que tu te forces à sourire pour nous donner un peu de réconfort.

Mais cette fois-ci, tu en as marre.

Continuer la lecture de Te laisser partir

Les chèvres sont mes amies

des chèvres cherchent à manger

[Le début de l’histoire c’est là]

Je ne savais pas trop quoi attendre de cette journée d’anniversaire consacrée à une « transhumance à la campagne » avec mes meilleures amies. Et des chèvres. Qui saurait? Du coup, pour tromper l’attente et pallier l’angoisse, je l’ai préparée plusieurs jours en amont. J’ai commencé par demander à une bonne âme de me prêter des chaussures de marche (merci Sophie) ; pour marcher t’avoueras, c’est plus facile que des stilettos. Après il a fallu concocter une tenue pour s’assortir. C’est pas parce qu’on ne croisera que des coquelicots qu’il faut négliger son look. Je pressentais le guet-apens des 150 photos prises ce jour-là parce que quand même, une transhumance avec des chèvres et ses meilleures potes, c’est pas tous les jours: no way que j’arbore une silhouette hasardeuse pour les 50 années à venir. Puis il a fallu se lever à l’aube un dimanche: pour être là-bas (=très loin) à 9h, je me suis levée à 6h20, ce qui a nécessité de me coucher tôt et sans boire d’alcool la veille (je déconne, on est wild). Enfin il a fallu trouver le bled. Bien sûr on a mis Waze mais la pression était abyssale. A la brousse, quand tu loupes un embranchement, tu en prends pour quinze bornes de détour. Et ça, quand tu t’es levée à 6h20 un dimanche, encore bourrée de la veille, tu n’as pas envie de le vivre.

Continuer la lecture de Les chèvres sont mes amies

Fêtons ça avec des chèvres

deux chèvres souriantes

J’ai bientôt 41 ans Jeannine. C’est fou non? C’est fou mais on s’en fout, parce que ce n’est pas ça la nouvelle. La nouvelle de la semaine, que dis-je, de l’année, c’est que mes meilleures amies m’offrent un trek avec des chèvres pour fêter ça.

Tu as bien lu.

Un trek avec des chèvres.

A moi qui ne sais pas ce qu’est un trek, ni même ce qu’est une chèvre.

Moi qui n’ai pas, et n’ai jamais eu, de « chaussures de rando ». Et pour cause: mes pieds ne le supporteraient pas. Si je leur mets ce type de pompes, je pense qu’ils font un AVC. Pas de pantalon multi-poches non plus ou de quelconque équipement dédié à la marche dans la nature (le premier qui prononce le mot « banane » est radié à vie).

J’ai un sac Chanel, mais ça, visiblement, tout le monde s’en fout.

Continuer la lecture de Fêtons ça avec des chèvres

« Ca va le faire »

Petite fille qui tire la langue

C’est parti d’une envie. Ca part toujours d’une envie. Ce jour-là c’était pour des plantes.

J’avais choisi tout ce que je voulais, en prenant en considération la couleur et la taille (je cherchais des plantes hautes) mais aussi l’harmonie générale du balcon et l’exposition. J’étais assez concentrée parce que ce ne sont pas des choix que l’on effectue à la légère – j’accorde à mes plantes une importance significative. Je les chéris, je les soigne, je les bichonne: les voir s’épanouir me transporte. J’en étais là dans mes pensées lorsque mon tour est arrivé de payer – j’avais fait la queue cinq bonnes minutes. A la caisse, j’ai montré aux deux messieurs les cinq plantes que j’avais sélectionnées et que j’avais patiemment poussées sur les quelques mètres de queue. Les deux messieurs se sont regardés puis ont regardé autour d’eux. Ils semblaient chercher quelque-chose; moi j’avais hâte de payer et de ramener tout mon petit monde à la maison. Ils m’ont dit: « Vous êtes seule?! » en continuant à scruter les alentours. J’ai répondu par l’affirmative, non sans les rassurer d’un sourire appuyé. Ils avaient l’air inquiet. Ils ont continué: « Vous allez porter les cinq plantes toute seule ?! ». Deuxième sourire, encore plus appuyé. « Vous n’êtes pas garée loin ? » Si, j’étais garée à huit cent mètres. Troisième et dernier sourire, additionné d’un petit clin d’oeil, ambiance « Détendez-vous les gars, j’en ai vu d’autres ».

J’ai repris ma carte bleue, et j’ai soulevé les quatre sacs dans lesquels ils avaient rassemblé les plantes. « Mince, j’ai pensé, les sacs sont en plastique et les anses trop courtes, je ne peux pas les positionner sur mes épaules. Qu’à cela ne tienne, je vais les porter dans le pli du coude et à bout de bras ». Tandis que je terminais mon attelage, les vendeurs continuaient à m’observer, sans avoir réussi à se départir de leur scepticisme. J’ai tourné les talons avec dignité, un sac dans chaque pli du coude et un au bout de chaque bras, et je me suis engagée sur le chemin.

Huit cent mètres plus tard, en arrivant haletante et les bras tétanisés à hauteur de la voiture, après avoir croisé dix familles dont les enfants tiraient la manche de leurs parents ou me pointaient du doigt en disant « Regarde Papa, la dame elle va mourir », j’ai réalisé qu’en sus d’avoir perdu l’usage de mes bras, j’avais sous-estimé la place nécessaire au stockage des plantes dans le véhicule.

Ca ne rentrerait pas.

Continuer la lecture de « Ca va le faire »

Comme un lundi

FIlle dans la boue avec un regard de tueuse

Les gens qui disent « Comme un lundi », vous me pourrissez la vie.

Ca veut dire quoi « comme un lundi » ? Ca sous-entend quoi ?

Moi je me raboule au boulot le lundi dans toute mon ingénuité, avec quasi les couettes qui flottent au vent. J’ai passé un bon week-end (ou pas d’ailleurs) et je m’engage dans la semaine 18 avec envie. Je ne sais pas ce qui m’attend mais qu’importe je suis déjà gourmande de cette semaine 18! Peut-être qu’il va m’arriver des choses incroyables, qui sait? Je ne sais pas moi: que mon fils va se mettre à obéir, que je vais rencontrer Alain Chabat et qu’il va me supplier de participer à son prochain film (je t’annonce: j’accepte) ou que je vais réussir à me coucher tôt (les allégations n’ont pas de rapport entre elles. Meaning: @Alain, si tu me proposes un job, je me coucherai à l’heure que tu décideras).

Bref je suis pleine d’espoir vis-à-vis de cette semaine 18.

Continuer la lecture de Comme un lundi

La vie est un carnaval

Mickey et Minnie tout sourires

Coucou Jeannine, tu vas?

Bon, on en est aux troisièmes vacances scolaires de la petite section, et force est de constater que le temps ne m’a apporté ni la sagesse, ni l’apaisement, ni la distance nécessaires pour affronter ce curseur social que représente l’école, et notamment son emblème le plus éloquent : le cahier de vie. Il apparaît que je ne gère toujours pas la pression qui lui est afférente. Toi qui n’es peut-être pas maman, tu ignores ce qu’est le « cahier de vie »?

C’est la mort.

#jeudemotsenorme.

C’est synonyme de gouffre, d’abîme de détresse, de pression digne d’un huitième de finale de Ligue des Champions quand tu es le PSG (big up les gars).

Continuer la lecture de La vie est un carnaval

Ensemble c’est tout

deux personnes ont les mains accrochées

Ils étaient trois, assis autour d’une table. Ils ne se regardaient pas mais ils avaient l’air soudés. Ils regardaient par terre ou leurs mains; ils semblaient résignés. L’après-midi venait de commencer et le centre d’ouvrir, c’était l’effervescence habituelle. Autour d’eux ça parlait, ça gueulait même parfois, ça se bousculait. Ils restaient immobiles et mutiques. Je me suis approchée: la femme a levé les yeux vers moi. Je me suis assise, lui ai demandé s’ils parlaient français, elle m’a répondu que oui. Alors notre rencontre a commencé. Elle a duré trois heures. Niza m’a expliqué qu’elle était la maman des deux garçons présents, 20 et 26 ans, qu’ils étaient Géorgiens, arrivés en France il y a trois ans, qu’ils avaient demandé l’asile mais qu’on le leur avait refusé, qu’ils avaient dormi dans une chambre d’hôtel pendant trois ans mais qu‘après avoir découvert « leur secret », on les avait mis dehors. Il y a deux semaines.

 » C’est quoi votre secret? » leur ai-je demandé, intriguée, voire un peu inquiète.

 » Les enfants ont grandi depuis notre arrivée, ils sont majeurs maintenant », m’a répondu Niza avant d’exploser en sanglots.

Son fils cadet lui a doucement entouré les épaules de ses bras, elle y a posé sa tête et laissé couler ses larmes sans parvenir à les arrêter. J’ai attendu que le flot se calme, il avait l’air inextinguible.

Continuer la lecture de Ensemble c’est tout