13 novembre: les jours d’après

Ca y est, ça a explosé. C’était vendredi soir dernier. Un match de foot, un concert, des terrasses de café.

Le week-end s’est passé, nos cerveaux engourdis zappant par réflexe d’un media à l’autre – télé, radio, Internet. On se noie dans l’info, on s’auto-submerge, on se soule jusqu’à n’en plus pouvoir. A défaut d’un bon mojito: on n’a pas le cœur à picoler.

Dimanche soir je me couche la tête pleine à craquer d’infos, d’analyses, de vidéos émouvantes, de textes pertinents, de réflexions, d’emportements, de tristesse.

Lundi, dans le métro.

Ce serait très con d’avoir peur.

Et pourtant, je me sens tiraillée entre une peur nouvelle, sourde et diffuse et le réflexe quasi instantané de lutter contre cette peur, pour ne pas tomber dans cette terreur qu’ils veulent tant instiller dans notre monde.

On a vacillé mais on n’est pas tombés. On s’est même relevés en se tenant un tout petit peu plus droits. C’est notre fierté ça. La fierté salutaire qui fait que sous le poids du chagrin tu ne romps pas, tu te redresses et tu maintiens la tête plus haut encore, presque armé d’un air de défi envers tes assaillants.

A chaque station les gens montent dans le wagon et on s’observe les uns les autres, on se jauge.

J’ai l’impression qu’on se demande tous avec qui on mourrait si une bombe explosait maintenant.

Est ce que cette dame d’une cinquantaine d’années, déjà fatiguée, collée à son livre de poche encore plus fatigué qu’elle, me secourrait?

Et le jeune homme avec sa casquette flambant neuve et encore toute raide, qui semble totalement happé par sa partie de Candy crush, est-ce qu’il se précipiterait vers les victimes à terre pour leur porter assistance?

Le monsieur, en face de moi, cadre sup dans une grosse boîte, en costume impeccable et chaussures cirées, qui ne décolle pas les yeux de son smartphone, est-ce qu’il hurlerait « restez avec nous mademoiselle!!! ne fermez pas les yeux, regardez-moi, parlez-moi!!! »?

Je suis sûre que la dame à côté de lui, sous son aspect revêche d’instit à l’ancienne, me ferait du bouche à bouche parce qu’elle a été secouriste dans sa jeunesse.

Parce qu’en fin de compte, ce que je retiens de tout ça, ce qui m’a surprise, non pas surprise, sciée, c’est de découvrir tout le bon qui est sorti de nous après les attentas.

Tous les gens qui ont secouru spontanément, ont ouvert leurs portes pour accueillir des inconnus, qui sont allés donner leur sang, proposer leur aide.
Les bougies, les dessins, les chansons, les rassemblements malgré la peur et les interdictions, les textes sublimes, l’intelligence des réactions.

La dignité, la générosité et la pudeur.

Pas mal pour un peuple meurtri.

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