Lettre à mon fils

 Mon bébé,

Tu as eu ton premier éclat de rire hier, à 3 mois et demi.

Les larmes me sont montées aux yeux. Entendre ce sursaut de joie et voir l’étonnement dans ton regard de ce rire sonore et inconnu m’ont émue à en pleurer.

Je ne savais pas que je t’aimerais autant.

La décision pour ton père, mon amoureux, de faire un bébé, a fait l’objet d’une longue réflexion. Moi  un jour, je t’ai voulu et j’ai attendu que la longue réflexion aboutisse à un oui.

Pourtant je ne savais rien. Pour être honnête, à part la notion qu’un enfant est le fruit de l’amour qu’on se porte – fondamentale je te l’accorde mais pas suffisante à mon sens pour mettre au monde un humain qui n’a rien demandé – je n’avais pas la moindre idée des raisons qui poussent les gens à faire un bébé.

J’étais même sceptique en vérité. J’avais cette impression diffuse que c’est « dans l’ordre des choses », que c’est ce qu’on attend d’un couple une fois qu’il est établi.

Un appartement, un compte-joint, un enfant.

Ca me paraissait un peu court pour donner la vie à un être humain, et en avoir la responsabilité pour le restant de ses jours.

En plus, je voyais, ou j’entendais parler de dizaines de couples qui explosaient, avec plus ou moins de fracas, avec l’arrivée des enfants.

Trop de responsabilités justement, trop de contraintes, trop de conflits larvés qui remontent à la surface pour les individualistes peu patients et nerveux que nous serions devenus.

Ca donnait moyennement envie tout ça…

Et pourtant va comprendre, je ressentais le besoin de faire un enfant avec l’homme que j’aime.
Non pas pour le challenge, quoique savoureux, de concevoir un bébé issu d’un père noir et d’une mère rousse. Pas non plus pour céder à une pression familiale, mes parents ont eu l’intelligence de me l’épargner. Pas pour « faire comme tout le monde »: j’aurais plutôt tendance à faire les choses à rebours, j’ai toujours trouvé ça plus marrant.

Pas de raison tangible, rationnelle ou pire, raisonnable.

Juste beaucoup d’amour à transmettre.

Bref tu es né mon bébé.

Il a un peu fallu te pousser vers la sortie mais tu es né.

Et vois-tu, je n’avais pas imaginé pouvoir être heureuse à ce point.

On nous a mille fois brossé le tableau comme une suite de nuits blanches, comme la mort quasi inévitable du couple, la fin des soirées au resto, des cinés, des improvisations.

Les vacances dans un gîte au Touquet à la place de l’Asie en sac à dos, les réveils à 7 heures du matin quand on a toujours fait la grasse matinée. La réduction de bien des dépenses futiles.

Et le poids des responsabilités. Le fameux.

Sauf qu’au ciné on va rarement ensemble parce qu’on n’aime pas les mêmes films avec ton père. On a visité une bonne partie de l’Asie déjà. Et on a fait plus de grasses matinées dans notre vie que tous les ados d’Europe réunis.

 

Et on n’avait encore jamais vu ta tête.

Alors quand tu es né et qu’on s’est regardés, j’ai compris qu’ils ne nous avaient pas tout dit.

Qu’avoir un bébé donne des ailes. Que ça ne demande pas beaucoup d’efforts, en fait, de se lever à 3 heures du matin quand tu réclames à manger. Que de te regarder dévorer goulûment ton biberon et t’arrêter soudain pour vérifier que c’est bien moi qui te tiens dans mes bras est à crever de bonheur. Que de te bercer en te chantant du John Lennon me fait pleurer. Que délirer avec toi, danser sur Sinatra, faire la grosse voix ou des grimaces et te voir réagir est indescriptible de bonheur.

Que les journées tous les deux, immuables, routinières, sont fantastiques et que j’en savoure chaque instant parce que je sais que ça ne durera pas.

Que la perspective de te laisser à la nounou, même à mi-temps, me donne envie de mourir.

Que la vie c’est ça en fait.

Et que tout le reste, c’est des conneries du quotidien qui se règlent en trois coups de bonne volonté.

Tu es la meilleure chose qui me soit arrivée.

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4 réflexions sur “Lettre à mon fils

  1. Oh purée tu m’as fait chialer ! Déjà qu’à cause de toi je suis en train de déjeuner devant mon ordi (cela ne m’était pas arrivé depuis Space) car je ne pouvais pas attendre pour découvrir ton blog. Oh je t’aime ma copine, quel beau cadeau tu nous fais ❤ et gros bisous à Jo qui a beaucoup de chance d'avoir une maman aussi talentueuse.

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