La dame du métro

Madame je ne vous connais pas.

Vous conduisez certains trains de la ligne 13 du métro parisien, autour de 8 heures le matin.

La ligne 13, pour ceux qui ne connaissent pas,  c’est un peu l’image qu’on se fait de l’enfer. La chaleur, la promiscuité, l’odeur rance. Les pannes, les retards, et les gens énervés.

C’est une punition.

Je ne dirais même pas qu’on ne devrait pas payer pour la prendre: on devrait être dédommagés.

Bref, Madame, quand il m’arrive de tomber sur un train que vous conduisez, sachez que je remercie le hasard.

Parce que vous illuminez mon trajet.

Je ne sais pas quelle tête vous avez, Madame. Je ne saurais pas vous donner un âge.

Je ne sais pas si vous êtes aussi chouette dans la vie que dans le métro mais je voudrais vous dire que votre gentillesse, votre bienveillance, votre enthousiasme certains matins sont des gouttes d’eau fraîche (et qui sent bon) dans la torture de cette ligne pourrie.

Je vous ai connue le lundi qui a suivi le 13 novembre.

Autant vous dire que l’ambiance dans la rame était moyen festive. Il y avait beaucoup de tristesse et d’abattement. Les gens étaient mutiques, chacun regardait son voisin du coin de l’oeil, tout le monde avait envie de fraternité mais personne n’osait initier le mouvement. C’était lourd et maladroit.

Et puis soudain une petite voix dans le haut-parleur. De la douceur, de l’humanité, du réconfort. Vous disiez des mots tout simples, qu’on sentait spontanés et sincères, imprévus, juste là pour nous apporter un peu de sympathie dans ce début de journée si difficile.

Les gens ont levé la tête, se sont souri et les mâchoires se sont desserrées. En quelques secondes l’atmosphère s’était allégée et la tristesse avait laissé place à de la complicité entre des voyageurs qui osaient, grâce à vous, partager une douleur.

Rien ne vous obligeait à ce geste, c’était purement gratuit. Ca m’a incroyablement touchée.

Depuis il m’arrive régulièrement de vous entendre, et chaque fois je savoure cette gentillesse désintéressée et rare dans un environnement si hostile. C’est aussi doux et inattendu que la purée à l’huile d’olive de Joël Robuchon qu’on servirait aux candidats affamés de Koh Lanta, nourris de manioc mal cuit sur leur île déserte et inamicale.

Voilà Madame, il est assez peu probable que j’arrive à vous le dire en face alors je vous le dis ici: merci.

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8 réflexions sur “La dame du métro

  1. j’ai pratiqué un peu la ligne 13, je réussissais a faire autrement, je prenais le bus 66.. au moins y’avais de l’air frais parisien (c’te bonne blague) j’ose même pas imaginer l’ambiance qu’il devait y avoir ce jour la dans la rame. c’est beau ce qu’elle a fait cette conductrice, on devrait le faire plus souvent..

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