Lettre à celui que tu seras

Peluche se frottant les yeux

Voilà mon bébé, le fameux jour est arrivé: on est en 2033, et tu as 18 ans.

Oui je t’appelle encore « mon bébé », chanceux que tu es.

Qui sommes-nous en 2033?

De mon côté, j’imagine que je suis encore renversante de beauté. Tout du moins, c’est ce que ton père, encore très séduisant lui aussi (et qui ne m’a pas quittée pour une petite jeune), me susurre à l’oreille très régulièrement.  Nous formons un couple épanoui et mûr, nous avons appris de nos erreurs et les dissensions de notre jeunesse nous font sourire à présent.

La vie est merveilleuse.

Quant à toi, mon petit chaton, il est probable que tu sois dans une phase délicate, capillairement parlant, et peut-être même aussi vestimentairement.

Doux Jésus, épargnez-moi cette étape où le post-ado croit avoir trouvé son style et s’affirme crânement en exhibant des pantalons trop serrés, des  tee-shirts aux imprimés douteux ou des chapeaux improbables.

Il n’est pas moins à craindre que tu nous aies annoncé ta volonté d’arrêter les études pour te consacrer à ta « carrière artistique » parce que tu auras fait 5 mois de guitare. Ou alors, le coup de grâce, tu envisageras de partir « vivre ta vie » à Sydney (que les choses soient d’ores et déjà dites: il en est hors de question).

Quel que soit celui que tu seras devenu, sache mon amour, qu’à 1 an et demi tu étais ma joie de vivre et que je t’aimais bien plus que prévu (je t’aime sans doute encore aujourd’hui même si tu vides un pot de gel fixant dans tes cheveux chaque matin).

Et sache que pendant les 18 premiers mois de ta vie, on s’est bien éclatés tous les trois.

Je ne m’en souviendrai pas – en cause une malheureuse déficience cognitive qui m’a affublée d’une mémoire de poisson rouge – je l’écris donc ici: on a sévèrement kiffé notre race.

On a chanté notre « Pirouette Cacanouette » quotidien, on a levé des bras grandioses sur « La Marche Turque » de Mozart, on a partagé nos tartines du matin en mettant plein de miettes dans le canapé, on a dégommé en 2 secondes des tours de cubes qu’on avait mis 20 minutes à construire, on a dansé sur « mama Sam » en remuant beaucoup les fesses, on a joué à « coucou » à travers la vitre en se découvrant avec surprise 18 fois d’affilée, on a parlé aux canards du parc, aux pigeons sur le balcon et aux chiens dans la rue, on a dit « bonjour » à tous les habitants de la ville en leur faisant un coucou Miss France, on a lu l’histoire de la petite poule rousse tous les 3 serrés dans le canapé, tous les soirs pendant des semaines et tu la connaissais par coeur mais tu nous écoutais avec gourmandise en nous regardant alternativement avec un bonheur dans les yeux que je n’oublierai jamais.

J’ai sniffé tes cheveux, embrassé ton cou, caressé ta joue, pétri tes petits bras mille fois par jour pendant 18 mois.

Aujourd’hui que tu es à l’aube de faire de brillantes études – oui c’est compatible avec la guitare – je tiens à te rappeler que je suis ta mère et que je te connais mieux que cette grognasse blonde que j’ai vue ce matin au petit-déj, négligemment assise autour de la (grande) table (en bois brut) de la cuisine (champêtre-chic de la maison qu’on a achetée il y a quelques années avec ton père parce que professionnellement, on a pas mal réussi).

On en reparlera mais en attendant par pitié, mets moins de gel dans tes cheveux et file, tu vas être en retard!

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3 réflexions sur “Lettre à celui que tu seras

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