Quand l’inspiration te prend

Great news Jeannine: avec l’Homme on a acheté un appart. On passe propriétaires comme ils disent. On change de niveau. On est promus par la vie.

On l’a acheté il y a mille ans, sur plan. A l’époque je m’étais dit: Appart neuf = terrain vierge. Page blanche pour ma créativité sans bornes. Enfin, après tant d’années de location qui avaient bridé mon imaginaire, j’allais pouvoir m’exprimer, que dis-je, m’épanouir dans toute la grandeur de mon inspiration.

J’avais en tête un salon blanc immaculé avec un mur vif peint dans la couleur Pantone de l’année, avec un nom hyper recherché style « Tropique ensoleillé » (vert quoi). Les gens se seraient extasiés en pénétrant dans le living-room (quand un mur de ton salon est peint en tropique ensoleillé, on ne parle plus de salon mais de living-room) et auraient pensé « Est-elle douée quand même! » (quand un mur de ton salon est peint en tropique ensoleillé, les gens te respectent et te parlent comme si tu étais La Pompadour).

J’aurais mis des cadres noirs de toutes les tailles, de manière désordonnée et aléatoire, ambiance « chez moi c’est tellement grand que je peux gâcher un bout de mur avec 24 cadres ». J’aurais mis une verrière, un bar pour séparer la cuisine du salon et 3 suspensions en métal noir. Un lampadaire énorme façon projecteur de cinéma, des caissons au mur pour faire étagères, des tapis chamarrés. Une bibliothèque ancienne dénichée à force de chercher dans des petites brocantes de province, une table basse en palettes recyclées. J’aurais créé un tipi pour mon fils avec une guirlande lumineuse tout autour. Et pour notre chambre j’aurais acheté un lit à baldaquin (je suis la Pompadour).

Mais par-dessus tout, j’aurais conçu une cuisine de malade. Un truc hyper beau mais en même temps très pratique, recherché mais évident de beauté. La cuisine, dans mon esprit, c’était ma masterpiece. L’oeuvre de ma vie.

Résultat : il n’y a qu’un mur de libre dans le salon, donc je ne vais pas accrocher 24 cadres dessus. Je n’ai le temps de fabriquer ni table en palettes ni tipi (mon fils de 2 ans ne mange plus donc mes 44 minutes de liberté quotidienne sont consacrées à la confection de plats susceptibles de résoudre ce petit souci. Smiley de la fille détendue).

On aura des meubles Ikea, comme tout le monde. Ca fait 8 mois que je collectionne les catalogues, que je crée des tableaux sur Pinterest (j’ai même créé un tableau dédié aux astuces de rangement, c’est dire), que je navigue sur des sites spécialisés (j’aime bien ça les sites spécialisés) mais la vérité c’est qu’on déménage dans 2 mois et que je pédale dans la choucroute.

Trop de blancheur. Trop de virginité. Trop de possibles. Ca me coupe l’inspiration. J’ai l’impression qu’on fait peser un poids trop lourd sur mes frêles épaules. J’ai peur de commettre l’irréparable. Je suis à deux doigts d’appeler Valerie Damidot. Je ne sais pas ce qui me retient.

Le manque de thunes peut-être.

La suite, parce qu’à moins d’imaginer manger à même le sol dans une cuisine totalement dépouillée, suite il va y avoir, la suite donc, au prochain numéro…

 

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2 réflexions sur “Quand l’inspiration te prend

  1. J’ai découvert ton blog grâce à Joana d’Au Presque-Parfait et j’ai été carrément emballée (et là je me réjouis d’avoir lancé le Wahou Bravo Merci) !
    En plus ton billet tombe à pique : achat sur plan en 2014, entrée dans les lieux en 2015, on a fait le premier trou dans le mur… il y a 2 semaines !
    Je comprends totalement cette panique de la blancheur immaculée. C’est comme les nouvelles chaussures qu’on craint de sortir sous la pluie parce qu’elles sont si parfaites, il ne faidrait pas faire une tache. Un jour, on érafle la godasse sur un clou qui dépassait, on fait la gueule 10 minutes, et c’est bon, on peut enfin commencer à se sentir à l’aide dedans. Pour notre appart’, ça a été la même chose, il a fallu qu’il y ait des griffes sur la peinture Satin Blanc Nuptial, des rayures sur la parquet Dune en chêne massif et un jeton dans l’angle d’un mur, il a fallu qu’un meuble de cuisine se détache et râpe le plâtre dessous… bref, il a fallu 18 mois pour qu’on passe le cap de se dire qu’on n’est plus chez « le proprio », on est chez nous, et on fait ce qu’on veut. La libération est immense.
    Si tu n’aimes pas Tropique ensoleillé parce que finalement c’est Sarcelles d’hiver qui est à la mode cette année, tu changeras, ça coûte 30€ et 2 demi-journées (OK, quand on a un môme et un emprunt, ce n’est pas négligeable mais ce n’est pas la mort du petit cheval blanc non plus !)
    Après, la cuisine, c’est une autre aventure, parce que ce n’est pas exactement 30€, mais au pire, tu changes les poignées et tu mets une couleur sur le plan de travail, le plus important c’est surtout d’avoir les tiroirs aux bon endroit !
    Bref bref (oui, je ne me suis pas présentée, je suis Ars Maëlle, et je sème des pavés, enchantée) pour résumer : c’est normal de baliser, l’angoisse de la page blanche version 60m² c’est pas rien (ça fait l’angoisse de 1000 pages A4 blanches) ; mais en même temps faut pas se rendre malade, un coup d’enduit un peu de peinture et les erreurs seront pardonnées !

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