Le mythe du dernier moment

L’été dernier, on a voulu tester le concept du « dernier moment ». L’idée c’était « Au diable les préparatifs des semaines à l’avance, on est jeunes, on est fous!!! ».

On est cons oui, surtout.

Tu sais ce que c’est le dernier moment en août?  Ca n’existe pas en fait; ça n’est pas possible. Enfin si c’est possible: mais uniquement pour la catégorie « WILD » de la population. Catégorie INSEE qui rassemble, âges et catégories socio-professionnelles variés, des gens qui peuvent vraiment se permettre l’improvisation. Des jeunes sans attaches, des audacieux sans craintes, des gens libres sans contraintes, et des riches. Breaking news: nous ne sommes RIEN de tout cela. Nous avons un enfant en bas-âge, des envies précises et un budget limité. Déjà, commencer à regarder 6 mois avant, c’est compliqué, mais 15 jours avant, autant te dire que tu as plus de chances de gagner les JO en triathlon.

Donc l’année dernière, à cette heure-là, on est en mode détente. Mars, avril, mai passent; on regarde les fleurs pousser. On ne va pas s’avilir à scruter les comparateurs de vols et autres Airbnb dès maintenant, on est large. Ambiance Mike Horn. Et puis on a d’autres trucs importants à faire genre déménager. Donc on défait des cartons et on peint des murs. On va chez Ikea. On monte une cuisine. On retourne chez Ikea. On installe des rideaux, des abat-jours et beaucoup trop de cadres comme sur Pinterest. Re-Ikea (ils m’ont donné les clés du coup, c’est plus pratique pour eux comme pour moi).

Tout ça nous amène gentiment au mois de juin où on prend LA décision la plus con de toute notre vie (so far. Je te rassure, je sais qu’il y en aura d’autres): attendre le dernier moment. Perdu pour perdu, autant tenter le Grand Chelem, et les « départs immédiats ». Et là, magie, toute la pression qui pesait sur mes frêles épaules s’est éloignée comme une tourterelle à tire-d’ailes. J’ai lâché l’affaire et je me suis gargarisée à l’avance – l’imbécile – de comment on allait décrocher la promo du siècle en s’y prenant la veille.

Le mois de juillet est passé et la question saisonnière est arrivée : « Et vous, vous partez où cette année? ». Sourire de toutes mes dents, regard réconfortant voire petite tape amicale limite condescendante et hop, réponse wild: « Aucune idée ». Admiration totale du camp d’en face.

Et puis un jour, le moment est arrivé. A J-15 j’ai allumé l’ordinateur et j’ai regardé les sites spécialisés avec une sensation de forfait illimité: potentiellement on va où on veut. Balancez les promos, les invendus, les ventes ultra privées et autres voyages bradés: je suis là mes agneaux!!!

Mais rien. Le vide intersidéral. Le désert de Gobi de la proposition. J’ai regardé l’homme, qui m’a regardée en retour, on est ainsi restés quelques secondes, puis on a refermé l’ordinateur et remis le son de la télé. Secrètement on espérait un miracle. Qu’un type en livrée et gants blancs frappe à la porte avec une enveloppe. Il aurait affiché un sourire rassurant et nous aurait sauvés d’un geste : « Tenez, aurait-il soufflé en nous tendant l’enveloppe, nous savions, là-haut, que vous preniez un mauvais chemin, mais comme vous êtes protégés par une armée d’anges gardiens (qui expliquent aussi que votre cuisine va finir de se construire seule, on vous expliquera plus tard), nous avons pris sur nous de vous réserver 2 semaines au bord de la mer, dans un endroit assez reculé mais toutefois bien desservi par les commerces, contrairement à l’année dernière. Vous y serez fort dépaysés même s’il ne se situe qu’à deux heures d’avion, et vous y mangerez bien. L’enfant y sera heureux, et vous aussi. Tout cela pour un prix tout-à-fait raisonnable, avec même l’apéro inclus. Nous espérons que ce choix vous apportera entière satisfaction et restons à votre disposition pour toute information complémentaire. Bon voyage Messieurs-dames. » Et de refermer la porte avec déférence.

Dieu que c’eut été appréciable.

Ca ne s’est pas tout-à-fait déroulé comme ça. On a passé nos 3 dernières soirées au téléphone avec Last Minute, accroupis sur le lit et penchés sur l’ordinateur, à tenter de négocier qu’un hôtel, même 2 étoiles avec des cafards à Agadir, daigne nous accueillir. On a fini par trouver (comme quoi, les anges gardiens).

Mais cette année, je commence à regarder demain.

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13 réflexions sur “Le mythe du dernier moment

  1. J’ai bien rigolé. En fait nous on a eu la bonne idée à la dernière minute de louer un camping car. Direction le pays basque sans avoir rien réservé et début aout. Total on s est tapé tous les parking des super marché du coin. Bref le rêve du soleil couchant en bord de mer et en bord de camping car en a pris un coup….

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  2. lol. bah nous on est en en combi, mais pour se payer le luxe d’avoir de la place dans les camping, vaut mieux monter au nord… par exemple les pays bas, l’été dernier, même avec des touristes, on avait de la place. Et le pire, c’est que c’est beau les pays bas. dommage que beaucoup de gens veuillent toujours partir au sud ( après tout les pays bas c’est au sud de la Norvège non ?) et ok, il n’a pas fait 35, il a plutôt fait 22, mais a priori, c’était pas la grosse chaleur non plus dans le sud. en tout cas on avait rien réservé. Par contre, cette année, on passe l’atlantique ( sans combi pour le coup) bah les billets, et certains hôtels, sont réservés depuis 2 semaines. parce que les prix, bonjour l’envolée ! Alors c’est vrai, ça fait moins djeuns de réserver à l’avance, mais ça a quelques avantages, néanmoins…..

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  3. Ha ha!! J’ai ri!!
    Je me suis vue avec l’homme quelques années en arrière mais on était moins foufou que vous, on avait tenté sans enfant! Bon du moment que tu as un budget limité ça ne fonctionne pas!!
    Bref depuis (on a 2 enfants en plus) on fait les vieux cons, on réserve à l’avance!!
    Merci en tout cas!

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  4. La seule fois où je suis partie en lastminute, c’était étudiante, avec ma mère, une semaine en Crète tout compris 400 euros. Le gros coup de moule (chambre spartiate, mais grande terrasse sur la mer). Les autres fois où j’ai essayé, depuis, avec famille et enfants, c’était juste impossible. Ou trop cher. Et de toute façon trop stressant. J’ai viré dans le camps des « vieux cons » depuis un moment! Tant pis pour l’esbroufe!

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