Abnégation parentale

Ce matin on était à la plage Jeannine. Il faisait un temps de toute beauté ; le soleil dardait ses rayons aveuglants sur nos serviettes ensablées et on était pas mal. On est en Martinique depuis 4 jours, faut dire ; ça aide à être pas mal. Depuis, on écume les plages de la région, comme d’autres les boîtes de nuit. Plage, resto, plage. Dans 3 jours on n’a plus une thune ni un bout de peau sans coups de soleil mais entre-temps on aura été pas mal. L’enfant s’acclimate au poil, et nous suit sans broncher dans nos différentes pérégrinations. Notre seul échec dans l’histoire, c’était la sieste. La sieste sur la plage, il voulait pas. On a chanté Ben Mazué, fait un câlin, des caresses, mis un paréo en couverture, grondé, dormi à côté. Rien à faire. Il voulait pas.
Sauf aujourd’hui.

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Pôle Emploi en stilettos

Ce matin j’ai dû retourner à Pôle Emploi. J’y étais passée hier aux alentours de 11h, après avoir effectué quelques achats, rapport à notre proche départ en vacances très loin. Je m’étais pointée comme une fleur fraîche devant la dame du comptoir, elle m’avait dit: « Il fallait être là à l’ouverture il y 2 heures ». Mes maillots de bain tout neufs et moi, on est repartis.

Je me suis donc réveillée aujourd’hui avec la ferme intention de recommencer, et réussir, cette opération ô combien délicate. Je dirais « cette bonne grosse galère » même. J’ai  commencé à me raidir de stress dès le réveil. J’y pensais sous la douche (il faut y être à l’ouverture, il faut y être à l’ouverture) avec ce sentiment d’urgence que seuls ceux qui ont expérimenté une visite à Pôle emploi, la CAF ou les impôts connaissent. J’ai sauté dans ma voiture à 8h46, j’ai même baissé le son de France Info pour rester focus et, arrivée à destination,  j’ai prié tous les dieux du stationnement pour qu’une place se libère rapidement. C’est ce qui s’est produit (ça s’appelle « Faire une demande à l’Univers »).

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Tourner 7 fois sa langue

Le monsieur est assis en face de moi. Il est noir, les traits fins, plutôt jeune. Il est venu pour qu’on l’aide à remplir un dossier. Je m’en charge.

« Ah vous êtes aussi, vous êtes de 78? je lui dis pour briser un peu la solennité de l’ambiance. Comme moi. »
Il lève les yeux vers moi et m’observe, étonné.
« Ah oui? »
Je rigole et reconnais qu’il paraît plus jeune, lui.
« Mais on ne va pas le dire pour ne pas me vexer ok? je lui demande avec un clin d’oeil très appuyé. Vous les noirs, vous avez un capital jeunesse de départ. Vous êtes moins ridés que nous les blancs. C’est vrai non? Mon mec est comme ça. Pas une ride. C’est pas juste! »

Il sourit et approuve:

« Oui c’est vrai, j’ai une bonne peau. Et je mange pas à ma faim aussi, ça aide ».

Le réfugié afghan

Il a une vingtaine d’années. Brun, les cheveux longs, très beau malgré sa mine renfrognée. Il est afghan et dort à la rue depuis une semaine.

Vous êtes tout seul? je lui demande.

Yes.

Vous dormez comment?

I have a tent.

Et pour la santé? Ca va? Vous êtes en bonne santé?

Yes.

Vous avez quoi comme couverture médicale ? La CMU?

Il fronce les sourcils comme si je venais de lui parler espagnol. Je la retente.

La CMU?

Les sourcils n’ont pas bougé.

L’AME alors? Aide Médicale d’Etat?

Il se concentre et cherche une réponse. Puis il relève la tête :

I have Facebook.

:)))