Si je n’avais pas commencé la danse

Je suis tombée sur une vidéo éloquente et très instructive sur psychologue.net (suis pas du genre à mater des chatons qui se frottent, crois-le bien). En substance,  la vidéo décrit les bénéfices que tu ressens quand tu fais de la danse: que tu es moins stressée et de meilleure humeur, tout ça. Alors j’ai immédiatement partagé sur la page Facebook (si tu ne la suis pas, c’est le moment de réparer parce que je ne partage que des trucs éloquents et très instructifs) et j’allais passer à autre chose quand m’est venue une fulgurance (une de plus, je ne sais plus où les mettre): Doux Jésus mais à quoi ressemblerait ma vie si je n’avais pas commencé la danse ?!!!

Je te préviens: ceci est un post dédié. Elles sont 2. Elles se reconnaîtront.

Quand j’ai eu 3 ans, ma maman a cédé à mon obsession du moment et m’a inscrite à la danse classique. Hyper classique. Ambiance on n’a changé ni le décor, ni la musique, ni la prof – ridée même sur les doigts de pieds – depuis 1954. Moulés dans le justaucorps de rigueur, assis en cercle autour de la momie russe, on devait « faire la statue ». Pendant un temps indécent. Je m’ennuyais à mourir.

Bref ça a duré un mois, le temps de convaincre maman de me désinscrire – à 3 ans c’est chaud de trouver les arguments qui font mouche – et de faire une croix sur l’année déjà payée. Elle n’a pas cédé tout de suite; c’est aussi l’âge où il faut inculquer aux mouflets que quand tu commences un truc, tu le finis, que ce soit une assiette de haricots verts ou une année de danse. Mais devant mes menaces de me petit-suicider en avalant le justaucorps, elle a cédé.

Quelques années ont passé et le sujet est revenu sur le tapis: mamaaaaaan je veux danser (je suis capricieuse). J’avais 6 ans. Je ne me souviens pas du déroulé exact des événements mais telle que je connais ma mère, elle a dû me répondre: « Ecoute ma petite chérie que j’aime à la folie, la dernière fois que ça t’a pris, ça a duré un mois, tu t’es emmerdée comme un rat et ça m’a coûté un bras. Donc t’es mignonne, cette fois, tu me laisses choisir ». Résultat: claquettes. Claquette à 6 ans, on n’est pas dans Fred Astaire. Mais ça a quand même swingué sévère. J’ai appris le rythme, la coordination et découvert le trac du spectacle – la bouche sèche, les jambes qui tremblent et l’envie de faire pipi pile quand il faut se lancer. Ca a duré 7 ans, et ce n’est pas moi qui ai rompu mais ma prof, partie s’installer en Amérique du Sud. Sinon, on y serait encore, je te prie de me croire (et je serais Ginger Rogers).

Donc à 13 ans, j’ai remballé mes claquettes et je me suis mise au modern jazz, comme pas mal de mes congénères ados. Sauf que la plupart des congénères a arrêté, et pas moi (je ne suis plus vraiment ado si tu vois ce que je veux dire). Parfois j’ai un peu honte, je me dis que je devrais laisser la place aux jeunes, rapport au fait que je suis à deux doigts de le retraite.

Mais quand je suis un peu lucide, je me dis que si je n’avais pas la danse:

  • Je ferais 10 kg de plus. Easy. Et je serais molle de partout. Au lieu de ça j’ai un corps de rêve comme chacun sait.
  • Je manquerais d’indicibles moments de kif dès que la musique se déclenche, en soirée ou dans mon salon, et que mon corps se met à se déhancher comme si plus rien n’existait. Je n’aurais pas ce réflexe, et cette aisance, à récurer un plat à gratin tout en remuant le popotin en rythme telle Beyoncé (si elle faisait la vaisselle). Ca ne sert pas à grand-chose dans la vie (pas davantage qu’une quelconque souplesse) mais ça peut la rendre plus joyeuse.
  • Je n’aurais pas expérimenté de la même façon la rigueur et la persévérance, le sentiment d’échec ou la fierté de réussir, le lâcher-prise et l’euphorie.
  • Je ne profiterais pas ce sas de décompression hebdomadaire sans lequel je pourrais perdre mon sang-froid et finir pas commettre l’irréparable (tuer quelqu’un ou me faire une frange). La danse, ça sert à mettre les soucis dans une boîte et à se vider l’esprit parce qu’il faut quand même être sacrément concentré pour réussir un demi-plié. Et je trouve ça assez magique de penser que toute la journée tu es immergée dans une vie avec des responsabilités d’adulte – faut que je rachète des couches, que j’appelle la nounou pour vendredi prochain, que je finisse le dossier Truc, que je passe voir ma grand-mère, que je renvoie la déclaration d’impôts, que je réserve des vacances – et puis le soir où tu vas à la danse, il faut qu’avec la même application, tu te concentres pour réussir ton demi-plié.
  • Je ne pourrais pas me targuer de pratiquer une activité depuis plus de 20 ans et de continuer, parfois, à progresser.
  • Je ne pourrais pas me la péter. Y a un truc avec les danseuses. Une aura. Qu’il y a moins avec la poterie par exemple.
  • Je n’aurais pas connu les joies d’une troupe, l’ivresse de la scène, la montée d’adrénaline, la trouille au ventre, les applaudissements, la fierté, le partage. Je n’aurais pas ces mille souvenirs de fous rires et de complicités.
  • Et je n’aurais pas connu ces deux amies à qui je dois beaucoup. Beaucoup.
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