Pourtant c’était bien parti

Tout le monde parle de la rentrée, n’est-ce pas LE bon moment pour parler vacances?

Si.

Je sais ma Jeannine que ton côté rabat-joie préfèrerait, et de loin, se plaindre de l’enfant qui pleure tous les matins en arrivant aux abords de l’école, de la maîtresse beaucoup trop autoritaire, de cette liste de fournitures longue comme le bras, des autres élèves brailleurs et de leurs parents mal élevés, de l’école qui, de façon générale, part à vau-l’eau et autres considérations d’usage en ce début d’année scolaire, mais voilà: mon enfant est parfait, sa maîtresse aussi, et ma vie également. Donc move on Jeannine. Pas la peine de se faire un ulcère. Essaie plutôt le yoga Kundalini (suis en train de lire un bouquin sur le sujet, si t’es sage, je te mettrai au parfum. En attendant vois cette vidéo où la dame parle de se connecter à son nombril et médite.).

Allez viens, on parle vacances.

Cette année, forts de notre expérience de l’année précédente, nous réfléchîmes en amont. « Que voulons-nous faire? » nous dîmes-nous, en nous frottant les mains parce que la vie étant merveilleuse, tout est prétexte à enthousiasme et réjouissances au sein de notre foyer. Un océan des possibles s’ouvrait, rapport qu’on était en amont, vers le mois d’avril. On avait le choix dans la date, mais aussi et surtout dans la destination.

Il restait des centaines d’options possibles et ça m’a donné un sentiment de toute-puissance absolument jouissif. « Le monde est à nous, chéri! ai-je clamé en me frottant les mains à nouveau (la vie est merveilleuse). Nous nous étions mis d’accord sur l’éloignement – deux ou trois heures d’avion – et un budget : il n’y avait plus qu’à tracer un cercle et à examiner, une à une, toutes les possibilités qui s’offraient à nous. Nous rêvions d’une mer chaude et d’habitants accueillants (et non l’inverse) : nous avons donc choisi les Pouilles (à une lettre près on passait d’autres vacances).

Dans la région des Pouilles plage sublime avec eau turquoise

Délicieuse région que les Pouilles, ma Jeannine! Les paysages se succédaient sous nos yeux ébahis par tant de splendeur: des champs d’oliviers à perte de vue, de la crique et de la falaise escarpée, des villages blancs, des ruines de châteaux surgissant au détour d’une sortie de village blanc, des licornes, des hippopotames et des serpents à deux têtes. Bref, un enchantement.

Outre ma résolution de réserver tôt, j’avais cette année promis à mon moi intérieur que j’allais le bichonner. Sus aux mauvaises habitudes, aux injonctions multiples et culpabilisantes, au mode de vie inabouti. Un peu à la manière de l’autre connasse sur Instagram, j’avais en tête de profiter de cette trêve estivale pour me « chouchouter ». Ca me fait souvent ça l’été. Et ça survient au moment où je fais ma valise. En général, je m’y prends une semaine à l’avance, pour être « large ». Je sors tout ce que j’ai de « vacances compatible » et je fais des silhouettes. Pas des vulgaires piles de vêtements : des silhouettes. Oui Jeannine, comme dans les magazines féminins, quand on demande aux rédactrices où elles partent et ce qu’elles emportent et que les meufs te sortent des destinations de chacal (Mykonos, Ibiza, l’Ile de Ré ou Bali; y en a peu qui partent en Creuse pour ainsi dire) et des tenues parfaites pour chaque moment de la journée: mon short et mon panama pour aller au marché, ma tunique en soie multicolore pour siroter un cocktail sur la plage au soleil couchant, ma robe « tout-terrain » (hashtag moulante et à paillettes) pour les soirées improvisées!

Lauren-ELLE
La valise idéale d’une rédactrice mode

Et moi je veux faire la même chose. Donc je rassemble tout ce qui s’apparente à des tenues idéales – tu crois que je vais être ironique mais pas du tout: j’ai des robes à paillettes dans mon placard et je les emporte – puis je rajoute des panoplies de bijoux assorties (j’ai même des bijoux « low profile » à mettre les jours with no challenge) et je choisis (ça c’est long) les shoes qui vont être à la fois pratiques et flatteuses (robe à paillettes avec baskets, ça ne marche que sur Cara Delevingne; moi je suis obligée de rajouter des talons pour faire fuseler la jambe).

Je parachève cette oeuvre d’art – une semaine pour faire une valise, on tutoie le sublime – avec les produits de beauté idoines: en petits contenants mais en nombre suffisant. Ca aussi, ça peut prendre du temps: je pars du principe que c’est l’occase d’emporter les masques en sachet – ginseng, citrouille et avocat – que je garde dans mon frigo depuis novembre de l’année passée, les vernis orangés qui ne vont que sur une peau bronzée, les rouges à lèvres rouge, les blush abricot liquide, les crèmes de nuit-masques qu’on laisse poser, les après-shampoings soin qu’on laisse poser, les crèmes épilatoires qu’on laisse poser.

Cette année, j’avais aussi commandé des livres « importants » que j’avais mis dans ma liseuse, et notamment l’histoire des religions. Parce que maintenant que j’ai 40 ans, je sens qu’il est temps de se forger une opinion tranchée sur les sujets brûlants.

Bref.

J’ai traîné en paréo-tongs et lu Voici. Pendant trois semaines.

J’ai entamé l’histoire des religions mais je me suis endormie dans le hamac, je suis allée à la plage une fois avec la tunique en voile multicolore mais comme le voile c’est transparent, j’ai flippé que les Italiens, ces gros cochons, reluquent mes seins sous le tissu voletant donc j’ai remis mon short et mon tee-shirt, j’ai essayé de faire un masque mais comme on n’avait pas vendu l’enfant avant de partir, il était avec nous sur le lieu de vacances donc je n’avais pas davantage de temps libre qu’à Paris (c’est difficile de jouer aux Lego avec un masque en tissu sur le visage parce qu’il glisse), et j’ai acheté des légumes bio pour accompagner les côtes d’agneau au barbecue mais comme je ne savais dire que « courgettes » en italien (zucchini pour ta gouverne), on est rapidement passés aux pizzas. D’ailleurs le barbecue: masterpiece absolue de la loc, à l’image de la balancelle, mais objectivement accessoire hyper relou à utiliser. Donc on a fait deux barbecues, ambiance « c’est trop bon les vacances » et on est repassés à cette bonne vieille poële qui a fait ses preuves.

Bref je suis rentrée toujours aussi inculte mais bronzée et heureuse. J’ai remis les masques au frigo et la liseuse dans le tiroir, et je ressortirai le tout à Noël. J’aurai plus de temps à Noël.

 

PS: un immense merci à la sur-talentueuse Johanna du blog Au presque parfait. Les compliments me touchent toujours mais venant de toi, dont j’admire le talent et dont tous les articles me font – vraiment – rire, c’est encore plus précieux. Merci mille fois.

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