Ah… Les hormones

femme enceinte qui a mal aux lombaires

On ne va pas se mentir Jeannine: autant les derniers mois de grossesse avec Haricot à l’intérieur étaient une promenade de santé, autant ceux de Cacahouète ont des allures de marathon de New-York pour une meuf qui ressent habituellement un point de côté au bout de cent mètres: moi. Il faut se rendre à l’évidence : je suis hors service, bonne à jeter à la poubelle des déchets non recyclables.

Pourtant j’ai pris soin de mon corps, tu me connais. J’ai continué le sport (et cette fumeuse barre au sol) jusqu’à 7 mois, j’ai mangé des épinards en parallèle des chokobons, j’ai mis de l’huile matin et soir pour hydrater mon épiderme et éviter les vergetures toutes moches.

Bref je me suis donnée.

Et ça a payé d’ailleurs. Jusqu’au 8ème mois, j’étais tout-à-fait regardable, voire tonique et alerte. Le ventre poussait, mais je pouvais continuer ma vie telle une Rachida Dati très au-dessus des contingences bassement physiques. J’avais des trucs à faire, je les faisais. Tu vois le concept? Une grossesse sans effets secondaires. On adore. Un enfant qui pousse à l’intérieur avec les organes qui s’organisent pour lui faire de la place mais sans que tu en sois impactée. J’avais bien un peu mal aux jambes de temps en temps, pour dire, mais pas de quoi fouetter un chat.

Je menais ma vie, pépère, je continuais à travailler en me disant qu’une fois arrêtée, j’aurais tout loisir d’organiser la naissance.

Le problème, c’est qu’une fois arrêtée, un tournant s’est effectué. Et que cette période m’a été fatale : je suis passée directement de sauterelle à hippopotame.

Tout d’un coup, tout s’est relâché. Mes muscles, ma motivation, ma grandeur. Alors que ça faisait des mois que j’affrontais la vie avec une ardeur que Serena Williams m’envierait, en une semaine, je suis passée de ça:

Poirier sur le sable

A ça :

Vieille dame qui a du mal à se lever

La désolation.

Pile quand j’avais du temps devant moi pour organiser l’arrivée de Cacahouète, je n’étais plus que l’ombre de moi-même.

Pénibilité absolue à tous les niveaux de ma vie.

Ranger la maison ?

Pénibilité. Faut se baisser, se relever, porter des trucs, organiser, classer, trier, réfléchir, décider. Je ne peux plus rien faire de tout ça Jeannine.

Redécorer la chambre des enfants ?

Pénibilité. Alors que pour le premier, j’avais déployé une énergie titanesque pour créer un espace version Pinterest – nounours dessinés, mobile fait main, meubles repeints – cette fois, après avoir ressorti le lit à barreaux, j’ai passé une semaine à chercher les vis et le mode d’emploi qui allaient avec. Je ne les avais pas rangés ensemble, tu penses. J’ai réfléchi, je me suis creusée davantage que s’il avait fallu écrire le discours de mariage d’une amie proche, fouillé ma mémoire à la recherche d’une réponse, plongé dans les affres du doute… et fini par les retrouver par hasard, dans une caisse « loisirs créatifs », que je garde de mes jeunes années, au cas où, un jour, j’ai l’envie et le temps de refaire des boîtes et des cadres personnalisés avec du vernis à colle et des tampons étoilés.

« T’inquiète pas, c’est les hormones », me dit-on.

De fait, elles sont à l’origine de cette frénésie que l’on appelle poétiquement « instinct de nidification » et qui pousse une femme enceinte, dans les dernières semaines, à organiser un nid douillet pour accueillir son oisillon. Mais mon problème, c’est que j’ai ni les biceps ni les neurones pour l’assouvir. Je voudrais bien profiter de mon temps libre pour enfin repeindre le meuble télé – ça fait 3 ans que je veux le faire – ou pour ranger tout ce qui traîne. Moi aussi j’aime bien les intérieurs Instagram, qu’est-ce que tu crois?! Mais je suis épuisée rien qu’en soulevant une bouteille d’eau.

J’aimerais mettre du papier peint sur un mur du salon. Mais je ne peux pas non plus. Pas uniquement parce que ça nécessiterait trop d’efforts physiques mais parce que je suis incapable de décider quel papier peint choisir. Ca fait deux mois que je scrolle mon ordi en bouffant du chocolat, à la recherche d’un all over qui me plaît, avec l’air intelligent d’une vache qui mâchouille un brin d’herbe en regardant l’horizon. Sans aucun résultat. Je n’ai pas avancé d’un pouce.

Je me sens molle et lente. Un mollusque à peine capable de soulever un rouleau de PQ.

Mes journées ne sont plus qu’une suite de renoncements. Mon leitmotiv est devenu : « Ah non, ça je peux pas le faire ».

L’autre jour je me retrouve dans le magasin de puériculture le plus grand du monde, involontairement s’entend (si j’avais su, j’aurais pas venue, mais j’y étais, c’était trop bête de faire demi-tour). J’avais un achat à effectuer : celui d’un matelas à langer. Ca aurait dû me prendre 10 minutes. Mais c’était sans compter ma nouvelle condition psycho-physique. Je suis arrivée dans le temple de la consommation, où poussettes avec enfants geignards dedans et mamans totalement imperméables aux chouineries et flânant à la recherche du petit pyjama choupinou envahissaient chaque allée, j’ai slalomé et mon parcours à la recherche du matelas à langer a débuté. J’ai cru que je le trouverais à côté des matelas pour dormir, dans le coin de tous les trucs de puériculture pour dormir, mais non. Des accessoires pour endormir, réveiller, rendormir, allonger dans une bonne position, maintenir dans une bonne position, oui, mais un matelas à langer, non. Des sacs à langer, des transats, des sucettes, des mobiles qui font la café et les tartines, oui ; mais un matelas à langer, non. Et tandis que je déplaçais ma frêle silhouette, qui pas après pas, commençait à ployer sous la fatigue, mille questions jaillissaient dans ma tête : avais-je besoin d’un coussin pour positionner correctement le nouveau-né? D’une berceuse qui imite les battements du coeur de maman? D’un produit d’entretien spécial biberons?… Dévastée par tant d’interrogations, j’ai erré, hagarde, dans les allées du premier étage, dans l’attente d’une aide providentielle. Puis j’ai pris la lourde décision de descendre au rez-de-chaussée pour y entreprendre la même recherche, et, harassée, me suis mise en quête de l’ascenseur. Le trouver m’a pris dix minutes supplémentaires. Arrivée en bas, et avisant les centaines de mètres carrés qu’il allait encore me falloir parcourir, j’ai senti les larmes monter : il y avait là mille autres accessoires de puériculture, des jouets à n’en plus finir, des barres de céréales et même une voiture. Je sentais le désespoir me gagner mais grâce à Dieu, c’est à ce moment que l’une de mes meilleures amies est arrivée pour m’aider. L’apercevoir à l’entrée du magasin représente sans doute l’une de mes plus grandes joies de ces dernières semaines.

 » Que te faut-il ? m’a-t-elle demandé, pragmatique.

Un matelas à langer », ai-je répondu, à bout de forces.

Je n’avais même pas terminé ma phrase qu’elle était partie demander à une caissière où trouver le précieux objet. En une minute, elle avait sa réponse, et l’objet dans les mains. Je la regardais faire, avec cette détermination et cette vélocité qui caractérisent les femmes en pleine santé physique et mentale. Une larme de reconnaissance a coulé sur ma joue desséchée malgré les 4 litres d’Hepar avalés quotidiennement. Et il m’a fallu 3 jours pour recouvrir mes esprits après cette escapade de la mort.

Le lendemain, je pleurais à nouveau, mais parce que l’horodateur le plus proche n’acceptait pas le paiement par carte bancaire. J’avais eu envie de faire du sport. Pendant la gestation du Haricot, j’avais galéré ma race pour trouver un cours digne de ce nom et, aujourd’hui, 5 ans plus tard, les cours pullulent autour de moi. Il faut juste verser la moitié de ton salaire mensuel, et tu peux accéder au graal: yoga prénatal et autres sophrologues-hypnothérapeutes spécialisés. Mais décider quel cours choisir, à quel moment de la semaine y aller, penser à réserver, prendre sa voiture et chercher une place pour la garer, sont autant d’obstacles qui entravent ma bonne volonté et réduisent à néant ma motivation. J’y suis allée une fois, j’ai trouvé ça dur, et j’ai eu envie de pleurer.

En repartant du cours et en retournant à ma voiture, je me suis cognée à une dame qui marchait vite. Elle a pesté et j’ai encore eu envie de pleurer.

Crois-moi, si l’accouchement est aussi appelé « délivrance », c’est pas pour rien 😉

Allez, terminons sur une note positive avec Florence, parce qu’en cas de désespérance, c’est encore le meilleur remède.

A bientôt Jeannine, si Dieu veut…

2 réflexions sur “Ah… Les hormones

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