Pôle Emploi en stilettos

Ce matin j’ai dû retourner à Pôle Emploi. J’y étais passée hier aux alentours de 11h, après avoir effectué quelques achats, rapport à notre proche départ en vacances très loin. Je m’étais pointée comme une fleur fraîche devant la dame du comptoir, elle m’avait dit: « Il fallait être là à l’ouverture il y 2 heures ». Mes maillots de bain tout neufs et moi, on est repartis.

Je me suis donc réveillée aujourd’hui avec la ferme intention de recommencer, et réussir, cette opération ô combien délicate. Je dirais « cette bonne grosse galère » même. J’ai  commencé à me raidir de stress dès le réveil. J’y pensais sous la douche (il faut y être à l’ouverture, il faut y être à l’ouverture) avec ce sentiment d’urgence que seuls ceux qui ont expérimenté une visite à Pôle emploi, la CAF ou les impôts connaissent. J’ai sauté dans ma voiture à 8h46, j’ai même baissé le son de France Info pour rester focus et, arrivée à destination,  j’ai prié tous les dieux du stationnement pour qu’une place se libère rapidement. C’est ce qui s’est produit (ça s’appelle « Faire une demande à l’Univers »).

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Tourner 7 fois sa langue

Le monsieur est assis en face de moi. Il est noir, les traits fins, plutôt jeune. Il est venu pour qu’on l’aide à remplir un dossier. Je m’en charge.

« Ah vous êtes aussi, vous êtes de 78? je lui dis pour briser un peu la solennité de l’ambiance. Comme moi. »
Il lève les yeux vers moi et m’observe, étonné.
« Ah oui? »
Je rigole et reconnais qu’il paraît plus jeune, lui.
« Mais on ne va pas le dire pour ne pas me vexer ok? je lui demande avec un clin d’oeil très appuyé. Vous les noirs, vous avez un capital jeunesse de départ. Vous êtes moins ridés que nous les blancs. C’est vrai non? Mon mec est comme ça. Pas une ride. C’est pas juste! »

Il sourit et approuve:

« Oui c’est vrai, j’ai une bonne peau. Et je mange pas à ma faim aussi, ça aide ».

Le réfugié afghan

Il a une vingtaine d’années. Brun, les cheveux longs, très beau malgré sa mine renfrognée. Il est afghan et dort à la rue depuis une semaine.

Vous êtes tout seul? je lui demande.

Yes.

Vous dormez comment?

I have a tent.

Et pour la santé? Ca va? Vous êtes en bonne santé?

Yes.

Vous avez quoi comme couverture médicale ? La CMU?

Il fronce les sourcils comme si je venais de lui parler espagnol. Je la retente.

La CMU?

Les sourcils n’ont pas bougé.

L’AME alors? Aide Médicale d’Etat?

Il se concentre et cherche une réponse. Puis il relève la tête :

I have Facebook.

:)))

 

 

Quand il fait froid

J’ai l’habitude de ce métier mais aujourd’hui j’ai craqué. Il faisait trop froid, la situation était intenable. J’ai fini la journée en pleurant. Pas quelques larmes discrètes ma Jeannine, non: un torrent. Des larmes en cascade, incontrôlables et indissimulables. Mes collègues étant ce qu’ils sont – exceptionnels – ils m’ont consolée. Pas jugée une seconde sur le manque de professionnalisme que ces larmes seraient susceptibles de révéler. Certains naïfs ou abrutis pérorent sur le fait que les « métiers d’aide » se doivent de garder une certaine distance, que la compassion est nécessairement mesurée. L’affection est un gros mot dans nos métiers. On a une carapace, et c’est théoriquement ce qui permet de faire le job correctement. Ce soir ma carapace s’est fissurée.

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Le cabinet de recrutement branché

Il était une fois, il y a quelques années, une jeune femme, 20 ans ans et des poussières (spéciale dédicace Didier. Van Cauwelaert, pas Joeystarr, bande de …).

Fraîche et pleine de bonne volonté. Et d’illusions sur le monde aussi.

Doux Jésus, tant d’illusions, perdues les unes après les autres à la faveur de rencontres… comme celle-ci notamment.

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Ôde à Madame Caniche

Madame Caniche ne s’appelle pas « Madame Caniche ».

C’est le surnom – ô combien affectueux, qu’on ne s’y trompe pas – que je lui ai donné dans ma tête, au début de notre collaboration il y a 6 mois.

Car Madame Caniche a un caniche – ou tout autre minuscule modèle, je n’y connais rien en marque de chiens – dont elle est folle.

Et ça a l’air réciproque.

Ce mini-chien, tout le temps collé à ses basques, qui vous saute joyeusement dessus lorsque vous franchissez la porte, et qu’elle réprimande affectueusement d’un « Laisse la dame tranquille, vilain garçon! ».

Madame Caniche est unique et je veux lui rendre ici un vibrant hommage. Continuer la lecture de Ôde à Madame Caniche