Comme un lundi

FIlle dans la boue avec un regard de tueuse

Les gens qui disent « Comme un lundi », vous me pourrissez la vie.

Ca veut dire quoi « comme un lundi » ? Ca sous-entend quoi ?

Moi je me raboule au boulot le lundi dans toute mon ingénuité, avec quasi les couettes qui flottent au vent. J’ai passé un bon week-end (ou pas d’ailleurs) et je m’engage dans la semaine 18 avec envie. Je ne sais pas ce qui m’attend mais qu’importe je suis déjà gourmande de cette semaine 18! Peut-être qu’il va m’arriver des choses incroyables, qui sait? Je ne sais pas moi: que mon fils va se mettre à obéir, que je vais rencontrer Alain Chabat et qu’il va me supplier de participer à son prochain film (je t’annonce: j’accepte) ou que je vais réussir à me coucher tôt (les allégations n’ont pas de rapport entre elles. Meaning: @Alain, si tu me proposes un job, je me coucherai à l’heure que tu décideras).

Bref je suis pleine d’espoir vis-à-vis de cette semaine 18.

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Ensemble c’est tout

deux personnes ont les mains accrochées

Ils étaient trois, assis autour d’une table. Ils ne se regardaient pas mais ils avaient l’air soudés. Ils regardaient par terre ou leurs mains; ils semblaient résignés. L’après-midi venait de commencer et le centre d’ouvrir, c’était l’effervescence habituelle. Autour d’eux ça parlait, ça gueulait même parfois, ça se bousculait. Ils restaient immobiles et mutiques. Je me suis approchée: la femme a levé les yeux vers moi. Je me suis assise, lui ai demandé s’ils parlaient français, elle m’a répondu que oui. Alors notre rencontre a commencé. Elle a duré trois heures. Niza m’a expliqué qu’elle était la maman des deux garçons présents, 20 et 26 ans, qu’ils étaient Géorgiens, arrivés en France il y a trois ans, qu’ils avaient demandé l’asile mais qu’on le leur avait refusé, qu’ils avaient dormi dans une chambre d’hôtel pendant trois ans mais qu‘après avoir découvert « leur secret », on les avait mis dehors. Il y a deux semaines.

 » C’est quoi votre secret? » leur ai-je demandé, intriguée, voire un peu inquiète.

 » Les enfants ont grandi depuis notre arrivée, ils sont majeurs maintenant », m’a répondu Niza avant d’exploser en sanglots.

Son fils cadet lui a doucement entouré les épaules de ses bras, elle y a posé sa tête et laissé couler ses larmes sans parvenir à les arrêter. J’ai attendu que le flot se calme, il avait l’air inextinguible.

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Pôle Emploi en stilettos

Ce matin j’ai dû retourner à Pôle Emploi. J’y étais passée hier aux alentours de 11h, après avoir effectué quelques achats, rapport à notre proche départ en vacances très loin. Je m’étais pointée comme une fleur fraîche devant la dame du comptoir, elle m’avait dit: « Il fallait être là à l’ouverture il y 2 heures ». Mes maillots de bain tout neufs et moi, on est repartis.

Je me suis donc réveillée aujourd’hui avec la ferme intention de recommencer, et réussir, cette opération ô combien délicate. Je dirais « cette bonne grosse galère » même. J’ai  commencé à me raidir de stress dès le réveil. J’y pensais sous la douche (il faut y être à l’ouverture, il faut y être à l’ouverture) avec ce sentiment d’urgence que seuls ceux qui ont expérimenté une visite à Pôle emploi, la CAF ou les impôts connaissent. J’ai sauté dans ma voiture à 8h46, j’ai même baissé le son de France Info pour rester focus et, arrivée à destination,  j’ai prié tous les dieux du stationnement pour qu’une place se libère rapidement. C’est ce qui s’est produit (ça s’appelle « Faire une demande à l’Univers »).

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Tourner 7 fois sa langue

Le monsieur est assis en face de moi. Il est noir, les traits fins, plutôt jeune. Il est venu pour qu’on l’aide à remplir un dossier. Je m’en charge.

« Ah vous êtes aussi, vous êtes de 78? je lui dis pour briser un peu la solennité de l’ambiance. Comme moi. »
Il lève les yeux vers moi et m’observe, étonné.
« Ah oui? »
Je rigole et reconnais qu’il paraît plus jeune, lui.
« Mais on ne va pas le dire pour ne pas me vexer ok? je lui demande avec un clin d’oeil très appuyé. Vous les noirs, vous avez un capital jeunesse de départ. Vous êtes moins ridés que nous les blancs. C’est vrai non? Mon mec est comme ça. Pas une ride. C’est pas juste! »

Il sourit et approuve:

« Oui c’est vrai, j’ai une bonne peau. Et je mange pas à ma faim aussi, ça aide ».

Le réfugié afghan

Il a une vingtaine d’années. Brun, les cheveux longs, très beau malgré sa mine renfrognée. Il est afghan et dort à la rue depuis une semaine.

Vous êtes tout seul? je lui demande.

Yes.

Vous dormez comment?

I have a tent.

Et pour la santé? Ca va? Vous êtes en bonne santé?

Yes.

Vous avez quoi comme couverture médicale ? La CMU?

Il fronce les sourcils comme si je venais de lui parler espagnol. Je la retente.

La CMU?

Les sourcils n’ont pas bougé.

L’AME alors? Aide Médicale d’Etat?

Il se concentre et cherche une réponse. Puis il relève la tête :

I have Facebook.

:)))

 

 

Quand il fait froid

J’ai l’habitude de ce métier mais aujourd’hui j’ai craqué. Il faisait trop froid, la situation était intenable. J’ai fini la journée en pleurant. Pas quelques larmes discrètes ma Jeannine, non: un torrent. Des larmes en cascade, incontrôlables et indissimulables. Mes collègues étant ce qu’ils sont – exceptionnels – ils m’ont consolée. Pas jugée une seconde sur le manque de professionnalisme que ces larmes seraient susceptibles de révéler. Certains naïfs ou abrutis pérorent sur le fait que les « métiers d’aide » se doivent de garder une certaine distance, que la compassion est nécessairement mesurée. L’affection est un gros mot dans nos métiers. On a une carapace, et c’est théoriquement ce qui permet de faire le job correctement. Ce soir ma carapace s’est fissurée.

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Le cabinet de recrutement branché

Il était une fois, il y a quelques années, une jeune femme, 20 ans ans et des poussières (spéciale dédicace Didier. Van Cauwelaert, pas Joeystarr, bande de …).

Fraîche et pleine de bonne volonté. Et d’illusions sur le monde aussi.

Doux Jésus, tant d’illusions, perdues les unes après les autres à la faveur de rencontres… comme celle-ci notamment.

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Ôde à Madame Caniche

Madame Caniche ne s’appelle pas « Madame Caniche ».

C’est le surnom – ô combien affectueux, qu’on ne s’y trompe pas – que je lui ai donné dans ma tête, au début de notre collaboration il y a 6 mois.

Car Madame Caniche a un caniche – ou tout autre minuscule modèle, je n’y connais rien en marque de chiens – dont elle est folle.

Et ça a l’air réciproque.

Ce mini-chien, tout le temps collé à ses basques, qui vous saute joyeusement dessus lorsque vous franchissez la porte, et qu’elle réprimande affectueusement d’un « Laisse la dame tranquille, vilain garçon! ».

Madame Caniche est unique et je veux lui rendre ici un vibrant hommage. Continuer la lecture de Ôde à Madame Caniche