Le réfugié afghan

Il a une vingtaine d’années. Brun, les cheveux longs, très beau malgré sa mine renfrognée. Il est afghan et dort à la rue depuis une semaine.

Vous êtes tout seul? je lui demande.

Yes.

Vous dormez comment?

I have a tent.

Et pour la santé? Ca va? Vous êtes en bonne santé?

Yes.

Vous avez quoi comme couverture médicale ? La CMU?

Il fronce les sourcils comme si je venais de lui parler espagnol. Je la retente.

La CMU?

Les sourcils n’ont pas bougé.

L’AME alors? Aide Médicale d’Etat?

Il se concentre et cherche une réponse. Puis il relève la tête :

I have Facebook.

:)))

 

 

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Quand il fait froid

J’ai l’habitude de ce métier mais aujourd’hui j’ai craqué. Il faisait trop froid, la situation était intenable. J’ai fini la journée en pleurant. Pas quelques larmes discrètes ma Jeannine, non: un torrent. Des larmes en cascade, incontrôlables et indissimulables. Mes collègues étant ce qu’ils sont – exceptionnels – ils m’ont consolée. Pas jugée une seconde sur le manque de professionnalisme que ces larmes seraient susceptibles de révéler. Certains naïfs ou abrutis pérorent sur le fait que les « métiers d’aide » se doivent de garder une certaine distance, que la compassion est nécessairement mesurée. L’affection est un gros mot dans nos métiers. On a une carapace, et c’est théoriquement ce qui permet de faire le job correctement. Ce soir ma carapace s’est fissurée.

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